Les sargasses, calamité de l’Atlantique Nord

Les sargasses (sargassum) sont des algues brunes qui poussent dans la mer des Sargasses, au large de la Floride et des Bahamas, d’où elles tirent leur nom. Certaines espèces flottantes dérivent ensuite en une longue ceinture qui s’étend parfois sur des milliers de kilomètres à la surface de la mer au gré des courants océaniques et des vents.

Jusqu’en 2010 elles se développaient principalement dans leur région d’origine, la Mer des Sargasses. En 2011, pour une raison probablement liée à la pollution humaine, mais pas seulement, la mer des Sargasses a débordé. Les sargasses ont formé une seconde mer dans la ZCIT (Zone de Convergence Intertropicale) au nord du Brésil.

Extension des sargasses depuis 2011

Extension des sargasses depuis 2011

Dans ces eaux à la chaleur élevée, ces algues brunes se développent désormais toute l’année et s’échouent par millions de tonnes sur les côtes de plus de 30 pays des Caraïbes et de la Floride jusqu’au Brésil. Elles se décomposent alors rapidement, provoquant un désastre écologique, économique et sanitaire. Le problème touche également certaines côtes africaines. Mais à ce jour personne ne sait exactement pourquoi les sargasses ont explosé ainsi il y a 12 ans.

La recherche

Gustavo Goni, du Laboratoire Océanographique et Météorologique de l’Atlantique de la NOAA (¹), évoque les volumes records de sargasses que les scientifiques ont détectés flottant en mer au cours des premiers mois de l’année 2023. Ils ont atteint un pic vers le mois de mars, après quoi, de façon tout à fait inhabituelle, la surabondance de sargasses a commencé à diminuer. Pourtant, il reste difficile de prédire l’ampleur de la décomposition des sargasses au cours d’une année donnée. Depuis mars 2023 les scientifiques utilisant des données satellitaires ont observé une diminution de l’abondance totale des sargasses.

Les scientifiques suivent l’évolution des sargasses dans les moindres détails. Les bulletins mensuels de l’Université de Floride du Sud (²) indiquent qu’il y a une quantité importante d’algues sur les plages cette année 2023, par rapport à la plupart des années précédentes, bien que le volume en mer ait diminué dernièrement, chutant de 15 % entre avril et mai. D’autres baisses sont attendues en juillet et en août, mais les chercheurs affirment qu’il est difficile de savoir exactement quelle quantité finira sur la terre ferme.

Les grandes questions – quelles sont les influences sur la prolifération des sargasses et pourquoi une plus grande quantité de sargasses s’échoue sur le rivage d’une année sur l’autre – restent des domaines clés de la recherche scientifique, et il n’y a pas encore de réponses claires à ce sujet.

L’information terrestre

Il y a cinq ans, Christine Jimenez-Mariani, une retraitée française vivant à Cancún au Mexique, a créé Sargassum Monitoring® (³), un site web qui propose une carte en direct () des échouements d’algues signalées sur les plages. Son site est consulté un million de fois par mois, dit-elle, et elle partage également des photos sur Twitter, Facebook, TikTok et d’autres sites de médias sociaux. Elle passe ses journées à trier et mettre en ligne bénévolement des photos et des vidéos montrant des amas de sargasses, en provenance de centaines de contributeurs.

Extrait de la carte des sargasses. (Courtesy of Sargassum Monitoring®)

Extrait de la carte des sargasses. (Courtesy of Sargassum Monitoring®)

Ce site web est particulièrement utile pour les plaisanciers, les informant quotidiennement de l’état des plages et des mouillages qu’ils pourraient vouloir fréquenter.

La NOAA publie en ligne un rapport régulièrement mis à jour sur les sargasses (¹). Elle collabore avec l’Université de Floride du Sud pour produire ces informations, et l’université publie également des données distinctes issues de la surveillance par satellite. Celles-ci révèlent que la ceinture de sargasses était particulièrement étendue au mois de mai en 2018, 2021 et 2022, alors qu’elle l’était un peu moins en mai 2023. Chuanmin Hu, chercheur à l’USF, explique que de nombreux facteurs peuvent influencer la croissance et le flux des sargasses, ainsi que leur arrivée sur une plage, des niveaux de luminosité aux courants océaniques, en passant par les vents, la température et les marées.

Prédictions hebdomadaires pour les Petites Antilles (exemple)

Prédictions hebdomadaires pour les Petites Antilles (exemple)

Selon Alfred Lea, chercheur de l’University of Texas Medical Branch, les sargasses en décomposition que l’on trouve sur les plages peuvent émettre des gaz d’ammoniac et de sulfure d’hydrogène, qui peuvent irriter le nez et la gorge ou provoquer des difficultés respiratoires chez les personnes souffrant d’asthme ou d’autres sensibilités. Mais les brises qui soufflent sur la plupart des plages diluent naturellement ces gaz, ce qui réduit considérablement le risque.

L’information maritime

Pour les navigateurs plaisanciers qui traversent l’Atlantique de l’Europe aux Caraïbes et inversement, les bancs de sargasses représentent avant tout une gêne à la navigation. Les nappes épaisses de sargasses peuvent aller jusqu’à stopper les bateaux, s’agglutiner sur les arbres d’hélice, les quilles et les safrans. De nombreux coureurs de haute mer en ont fait la douloureuse expérience. Et se mettre à l’eau pour dégager ces algues peut représenter un risque sanitaire.

L’USF (²) publie quotidiennement des images satellites retraitées du suivi des bancs de sargasses. Ces images sont publiques et gratuites. Le développeur de SailGrib, Henri Laurent, retraite à son tour ces images pour en faire des images très compressées, pouvant être téléchargées et affichées en surcouche dans les applications SailGrib WR (Android) ou Adrena (Windows), ou simplement dans l’app Apple Photos (iOS/macOS). Elles sont ensuite mises en ligne régulièrement ().

Localisation par satellite des sargasses la plus récente (SailGrib)

Localisation par satellite des sargasses la plus récente (SailGrib)

L’image est suffisamment compressée, aux alentours de 100 Ko, pour pouvoir être également téléchargée au large avec un Iridium GO!®, soit directement dans SailGrib WR, soit via le service SailDocs par une requête mail depuis l’application Iridium Mail & Web :

    • destinataire : query@saildocs.com
    • sujet [libre] exemple : sargasses
    • objet : send http://gribserver.sailgrib.com/sat/sargassum_density_most_recent.jpg

Un fichier GIF des 30 derniers jours est également accessible, mais seulement avec une connexion internet rapide (±14 Mo) ().

Cet excellent service permet aux navigateurs traversant l’Atlantique Nord de connaître les zones de présence des sargasses afin de suivre leur déplacement et de tenter de les éviter.

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(¹) Atlantic Oceanographic and Meteorological Laboratory
(²) University of South Florida
(³) Sargassum Monitoring®
() Sargassum Monitoring maps
() http://gribserver.sailgrib.com/sat/sargassum_density_most_recent.jpg
http://gribserver.sailgrib.com/sat/sargassum_density_most_recent.gif
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Sources : Wired relayé par Geogarage blog
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